20/04/2004

Vide




VIDE



Eborgne ou bien me fixe, à ton gré, l'œil acide!
L'univers changera d'optique en mon cerveau :
Plutôt que de fouir les nuits de mon caveau
Et rêver, par tréfonds, d'un obscur homicide,
Distinguerais-je enfin l'aube d'un jour nouveau ...

Aveugle-moi cette orbe unique et trop lucide !
La rancœur du Cyclope, aigri des lendemains,
Perdure au seul regard porté sur les humains.
Achève un ministère et m'épargne « suicide» ...
N'ai-je par trop déjà penché le front aux mains ...

Libère mon esprit d'une entrave morbide ...
Frappe-moi le tympan au point de m'assourdir :
Le bruit, plus que l'image, est propre à étourdir.
A l'écho martelé d'un monde qui trépide,
Mes pensers ne pourront jamais que s'alourdir ...

Le débit incisif des méchants est rapide ...
Me taisant dès matin, le voudrais-je éviter,
Un servile verbiage ira le répéter ...
Noue les filaments de ma langue insipide :
Sitôt le plein midi, je m'irais disputer !

La solitude d'âme est logis fort aride ...
Je nicherai pourtant au cœur de la prison :
Le convenant écrou verrouille ma raison ...
Je suivrai le désert du bohème apatride :
Au vase clos d'exil, fermente un doux poison ...

Le travesti paraît une bien faible égide ...
Le masque de bois creux manque d'habileté
A déguiser les traits de l'incrédulité ...
Pour qui s'en vêtirait, sous son carcan rigide,
L'orgueil est un habit d'insensibilité ...

16:50 Écrit par Jean-Paul Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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